Elles se tailladèrent les mains

 

Traduction du texte du Cheikh Bassam Jarrar dans son livre Siyahatou Al Fikr (http://www.islamnoon.com/studies.html) avec la permission de l’auteur.

Dr K. Belefqih

 

Préambule : J’aimerai faire partager le plaisir que j’ai eu en découvrant chez le Sheikh Bassam Jarrar une nouvelle approche moderne de l’interprétation du Coran  qui interpelle et remet souvent en question , sans  toutefois trancher pour telle ou telle hypothèse  ce qui laisse le lecteur ou l’auditeur libre de ses choix.

 

 

 Dans le verset 31 de la Sourate 12 (Joseph) on lit :

 [31] Lorsqu’elle eut vent de leurs méchants commérages, elle les invita chez elle à un |banquet|, et remit à chacune d’elles un couteau. Puis elle ordonna à Joseph de paraître. Dès qu’elles l’aperçurent, elles furent émerveillées au point que, dans leur trouble, elles se tailladèrent les mains, en s’écriant : « Grand Dieu ! Ce n’est pas un être humain, mais c’est un ange merveilleux ! » 

 

Notre attention est attirée par le fait que la femme   du haut responsable dans la hiérarchie de l’état distribua un couteau à chaque femme ce qui veut dire que ces femmes connaissaient parfaitement  le but escompté de cette distribution. Le fait de dire qu’elle leur avait offert des fruits  n’est pas acceptable et ce  pour plusieurs raisons :

 

1-          Aucune mention de fruits n’est faite dans les nobles versets et il n’est nullement question ici d’honorer les femmes qui ont médit et attenté à la réputation de la femme du haut responsable.

2-         S’il était question de fruits ou d’honorer les femmes le Coran aurait été explicite à ce sujet.  Le fait de citer le  couteau qui sert aussi bien à peler ou découper  les fruits qu’à diverses utilisations s’est fait à propos de la taillade des mains et non dans un contexte d’invitation amicale

3-         - D’habitude on  présente aux invités les fruits ainsi que le nécessaire pour les consommer et il n’est pas question de distribuer après coup un couteau à chacun d’eux mais l’on laisse la liberté aux invités de consommer les fruits comme bon leur semble.

4-         Le résultat fut que les femmes se tailladèrent les  mains ce qui prouve que la distribution des couteaux avait ce but et non celui de peler les fruits vu le contexte (Il n’est nullement question d’honorer ces femmes).

 

 

Le fait de dire que les femmes se tailladèrent les mains en raison  de leur émerveillement à la vue de Joseph est irrecevable pour plusieurs raisons :

1-          Si les femmes étaient en train de manger des fruits leur émerveillement à la vue de Joseph (Paix sur lui) les auraient empêché  de continuer à manger et peler les fruits ainsi que le suggère la nature humaine qui veut que si l’attention est accaparée par quelque chose   celle-ci se détourne obligatoirement de toute autre activité.

2-         Si les femmes mangeaient au son d’un  orchestre dirigé par quelque Maestro on pourrait imaginer quelles puissent se blesser simultanément (une seule blessure chacune) et non que chaque main soit tailladée à plusieurs reprises de façon simultanée

3-         Dès la première blessure  la réaction naturelle de chaque femme doit  être de stopper l’acte ayant abouti à la blessure et l’on ne peut imaginer  la survenue de plusieurs blessures sans que les femmes ne réagissent quelque fut leur degré d’émerveillement. Il est d’ailleurs admis que les degrés d’émerveillement et de réactivité n’est pas le même pour toutes les femmes dans un contexte donné. Quant à la preuve de la multiplication des blessures elle est fournie par  le style exagératif : «Et Elles tailladèrent »

4-         La présence antérieure du couteau prouve que la  taillade est voulue et volontaire et n’est point le résultat d’émerveillement et de surprise

Joseph, paix sur lui, dit à l’émissaire du roi : « Retourne auprès de ton maître et demande-lui quelle était l’intention de ces femmes qui s’étaient tailladé les mains. » Ce qui prouve que Joseph voulait envoyer au souverain un message clair lui permettant d’appréhender aisément ce qui s’était réellement passé il y à quelques années ; il est possible que le fait de se taillader les mains aie une signification  claire pour le roi, ainsi voit ‘on le roi dire  aux femmes  après la réception du message : « Quelle a été votre intention, lorsque vous avez tenté de séduire Joseph ? »  ce qui traduit que se taillader les mains avait une signification   unanimement admise  par la société vivant à cette époque et ne fut pas une étrange  coïncidence pouvant innocenter. Ainsi les femmes ne se sont pas contentées d’une seule blessure  mais les ont multipliées afin d’exprimer leur appel au péché de chair.

 

 

Quel secret se cache donc derrière  la taillade des mains ?

 

Il nous est impossible ici de présenter le véritable motif qui se cache derrière les blessures volontaires des mains mais nous essaierons d’avancer une explication se rapprochant le plus possible du texte coranique, de la raison  et de la réalité.

 

L’histoire de Joseph remonte au minimum à environ plus de 3600 ans. Ceci explique la probabilité de se trouver en présence   de mœurs et d’habitudes aujourd’hui disparues ; surtout lorsqu’on sait que les souverains  du temps Joseph (Paix sur lui) étaient les rois bergers Hyksos d’origine bédouine. Même Joseph  et ses frères ont vécu dans des sociétés bédouines : pour preuve  dans le Coran  Le discours tenu par Joseph  à sa famille : Il m’a comblé de bienfaits, lorsqu’Il m’a fait sortir de prison et qu’Il vous a fait venir du désert auprès de moi. Ceci  pourrait signifier l’existence d’us et de coutumes étranges si peu civilisés.

Le plus haut  responsable de l'état après le roi, et un groupe de femmes qui médisent de sa femme tout en étant convaincues que cette épouse est égarée, et son égarement est explicite: "La femme du grand intendant s’est éprise   de son serviteur : il l’a rendue éperdument amoureuse de lui ; nous la voyons complètement égarée ! »

Ces femmes connaissaient les us et coutumes de leur société ainsi que leurs devoirs envers l’épouse de la plus haute autorité ; leurs propos calomniateurs en son absence représentent une blessure morale d'une haute dignité  ce qui justifie de plates excuses pour cette arrogance; et seule une blessure physique  pourrait faire pardonner la profonde blessure morale subie. L'excuse devra être  d'autant plus forte dès que l'innocence transparaît. C'est ainsi que les femmes ne ce sont pas contentées d'une seule blessure  mais les ont multipliées pour souligner leurs aveux  de culpabilité et de profonds regrets.

En voyant cela la femme du haut responsable s'est empressée de dire: «   Voilà donc, dit-elle, celui qui m’a valu vos reproches. » En plus du fait que l'excuse physique pour une blessure morale soit expliquée par ce type de comportement, sa répétition  pourrait traduire l'envie  de participer. Ce qui conforte, entre autres, cette hypothèse :

-1 les propos du roi dans le Coran: « Quelle a été votre intention, lorsque vous vous êtes éprises de Joseph ? »

-2 les propos de Joseph dans le Coran: « Mon Seigneur, dit Joseph, la prison me semble préférable au péché qu’elles m’incitent à commettre. Mais si tu ne détournes pas de moi leurs ruses, j’y céderai et je serai au nombre des ignorants.» 

La séduction (’appel au péché) ne concernait plus uniquement la femme du haut responsable, mais une sorte de collusion   s'est opérée entre les femmes pour former un pacte réclamant un péché.